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Weta

Pour ceux qui ne sont pas très au fait des choses cinématographiques, un certain Peter Jackson, réalisateur de films de son état, a travaillé, lui et environ 1000 autres personnes que je ne pourrais pas citer de mémoire, sur une trilogie de films basée sur l’oeuvre de Tolkien. Comme je vous l’ai expliqué dans un billet précédent, par volonté, la quasi totalité de la production et post-production des films ont eu lieu en Nouvelle Zélande. N’allez pas croire qu’il n’y avait rien du tout côté cinématographique là bas avant. C’est juste que c’était essentiellement pour des projets de moindre ampleur, notamment Xena la Guerrière, série télévisée fantastique de série…euh… B.

Le sieur Peter Jackson a créé des studios de post-production (et de production d’ailleurs puisqu’il y a également des plateaux de tournage) à Wellington au milieu des années 80 (d’après Wikipédia). Il se trouve que depuis le Seigneur des Anneaux c’est devenu un des très grand complexe du monde par la compétence. Moi, je suis féru de cinéma et d’effets spéciaux. J’ai donc coché cela en premier dans ma liste des choses à voir à Wellington. A vrai dire, c’est même pour cela que j’y suis descendu. J’ai même envie d’aller voir à quoi ça ressemble, histoire de potentiellement y postuler pour un job.

Un matin, je part donc prendre le bus de ligne la 2, qui passe non loin de mon auberge. La veille j’ai réservé sur le site internet de Weta pour une visite guidé accompagnée du Workshop à 12h00 mais il y a également une partie publique à visiter. Mais c’est-ce quoi ce Weta, hein, vous demandez-vous ? Et bien, toujours d’après Wikipédia, c’est le plus gros insecte au monde, de la taille d’une souris et que l’on trouve uniquement en Nouvelle Zélande. Ça c’est pour votre culture générale car ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est que c’est également le nom choisi par Peter Jackson pour ses studios. Wikipédia a une très joli anecdote à ce sujet. Si on en croit le site, c’est un insecte dont le réalisateur a en horreur. On le comprend. La taille du bestiau ! Accessoirement, WETA est également un acronyme pour Wingnut Entertainment Technical Allusions, Wingnut Films étant la société de production de film de sir Peter. Tout cela se tient. C’est quasi mystique.

Il y a d’ailleurs deux entreprises WETA : Weta Workshops et Weta Digital. La première regroupe toutes les compétences de fabrication de maquettes, costumes et armes alors que la seconde est la boite d’effets spéciaux numériques avec plein d’ordinateurs dedans et une armée d’infographistes à l’aspect pâle et mal nourris parqués dans des petits blocs de 2m sur 2m remplissant un open-space de 500 mètres carré éclairés par de grands néons clignotants. Enfin, c’est l’idée que je m’en fais. Quand je ne suis pas écoeuré par avoir passé 8h assis devant un écran d’ordinateur, j’imagine cela de façon un peu plus joyeuse et primesautière.

Je me trouve donc actuellement à l’arrêt du bus et, ça tombe bien pour la narration, voilà t’y pas qu’il arrive. Je monte à l’avant et demande un ticket, un billet, un abonnement, une carte, enfin n’importe quel système utilisé dans ces contrées, ayant maintenant perdu la conviction que le ticket de bus est toujours la norme mondiale. Le chauffeur me répond quelque chose que je ne comprends pas. La vache. Ça ne m’était plus arrivé depuis l’Inde. Il faut dire qu’il a un énorme accent indéterminé dont je ne saisi pas la matrice de décalage des voyelles et qui n’est certainement pas néo-zélandais. Il répète et je parvient au prix d’un effort conséquent de concentration (et aussi en recoupant toutes les possibilités de questions classiques lorsqu’on monte à bord d’un bus) à comprendre qu’il me demande ma destination. « Camperdown Road », lui dis-je, répétant les indications mémorisées du site web. Il me regarde bizarrement et marmonne un truc. Au final, j’arrive à payer miraculeusement la somme du et m’en vais m’asseoir.

A ce propos, je constate une nouvelle fois un comportement nouveau pour moi en ce qui concerne les chauffeurs de bus, chose que j’avais déjà constaté à Melbourne et Sydney. Ils attendent que vous soyez complètement assis avant de repartir. Moi, habitué aux chauffeurs français qui accélèrent et freinent quasiment sans considération particulière pour les passagers (je ne leur en veut pas du tout, je ferai pareil à leur place), je prend mon temps et range mon portefeuille en restant debout. J’aperçois son regard agacé et m’assois rapidement avec un sourir d’excuse. Il m’a l’air drôlement chaleureux, lui.

Le complexe cinématographique se trouve dans le quartier de Miramar, situé à l’est du centre ville sur une presqu’île après l’aéroport. Je vous ferai un topo plus complet sur Wellington dans le billet suivant mais sachez qu’en quittant le centre ville, on passe tout de suite par dessus une haute colline. De l’autre côté, la ville devient extrêmement résidentielle, quasiment uniquement couverte de maisons ou de petits bâtiments avec très peu de commerces. C’est tout à fait ce que je déteste.

Je lève la tête pour trouver un plan de la ligne avec le nom des arrêts, histoire de savoir lorsqu’il faut appuyer pour signaler sa volonté de descendre. Bizarrement, je ne trouve pas le nom de mon arrêt « Camperdown Road ». Mince, me serais-je gourré ? Je repère quand même quelques arrêts portant le nom « Miramar » pour me repérer. Arrivé à ces arrêts je me rapproche un peu du chauffeur et je lui demande s’il pourrait m’avertir lorsqu’on arrive à Camperdown Road. « Grrruuumpf », me répond-il. Je reste interloqué quelques secondes.

  • Euh, c’est un oui ou c’est un nom, lui demande-je avec le sourire.

Silence.

Et bien en voilà un bon connard ou bien il est en train de vivre une journée particulièrement difficile.

Quelques minutes plus tard, le bus s’arrête à un croisement, le chauffeur ouvre les portes et me fait signe de descendre. Je sort sans le remercier et lâche même un discret « fucking driver » alors que le bus repart. Un bien beau spécimen celui-là. Le jeune homme barbu sorti devant moi se retourne et, un peu surpris, me lance un « Pardon ? ».

  • Non, pardon, c’est le chauffeur qui était particulièrement désagréable.
  • Oui, ça arrive parfois. Vous êtes ici pour visiter les studios Weta ?
  • Oui.
  • Ah et bien suivez-moi, c’est par là.

La vie est amusante, tout de même, pleine de chaud et froid, de sucré et de salé ou de connards et de sympathiques jeunes hommes près à aider leurs prochains, le tout dans la même minute. Je marche donc à côté de lui et lui demande s’il est venu ici également pour la visite.

  • Non, non. J’y travaille.

Ah ben ça c’est dingue, super, même. Du coup je ne résiste pas à la curiosité de lui demander ce qu’il y fait. Et bien figurer vous qu’il est sculpteur là bas depuis quelques années. En voilà un bien beau métier. A part ça, il faut bien avouer que le quartier n’est pas particulièrement intéressant. DSC_8014_DxOC’est essentiellement des maisons de plein pied en bois avec jardins et quelques entrepôts, le tout désert et sans personne dans les rues. Ce n’est pas un cadre de travail qui fait particulièrement envie. C’est d’ailleurs vers l’un de ces bâtiments à l’aspect d’entrepôt qu’on se dirige et je ne tarde pas à apercevoir un grand logo « Weta Cave » au dessus d’une entrée. Moins commun, à côté se tient un immense troll.

DSC_8011_DxOMon bon samaritain me quitte alors en m’ayant indiqué l’entrée et je le remercie chaleureusement. Effectivement, deux grandes « statues » de trolls sont posées dans le petit jardinet jouxtant l’entrée. Ils sont saisissants de réalismes et même légèrement poilus par endroit. Un petit signe à côté de l’un d’eux porte l’inscription « Please, do not climb on the trolls ». Amusant.

A l’intérieur, je découvre une atmosphère de magasins de souvenirs. Quelques autres personnes déjà présentes observent les objets en vitrines. Je me dirige vers la caisse et me présente. Ça tombe bien, il est 10h30 et on me propose de me greffer à la visite guidée qui va bientôt commencer plutôt que d’attendre celle de midi. En attendant je flâne et jette un œil à l’exposition.

La Weta Cave est finalement la boutique pour geek de tout ce qui touche aux films tournés ici. On trouve énormément d’objets liés au Seigneur des Anneaux et au Hobbit comme des livres, des cartes postales, posters, peintures ou parchemins mais également des choses plus originales telles que des répliques d’épées et de cotte de mailles à des tarifs plus élevés. Si vous êtes vraiment fans (facile) mais également dotés d’une grosse valise et d’un fort pouvoir de persuasion sur les officiers de douane et de sécurité (moins facile), vous pouvez acheter une réplique à la lame effilée des épées Orcrist et Sting, la dernière étant celle utilisée par Frodo. Pour le prix, comptez environ 300$ néo-zélandais. Bien entendu, vous pouvez également vous offrir un petit anneau doré, dont je doute qu’il soit unique. En dehors de la thématique Tolkien, on peut également observer des éléments tirés des films District 9 ou Elysium, beaucoup plus dans une veine science-fiction.

Finalement, on m’appelle et je me retrouve avec cinq autres personnes guidé par un jeune homme de taille moyenne vers l’extérieur. Nous pénétrons par une petite porte dans une sorte d’antichambre couverte de dessins, plans et illustrations en rapport aux films tournés ici. Notre guide se présente, Paul, sud-africain venu ici il y a deux ans au début du tournage du Hobbit pour travailler dans le département sculpture de Weta Workshop. Voilà qui est plutôt chouette de se faire guider par un employé. Il nous fait un rapide topo des consignes à l’intérieur consistant surtout en des interdits de photographier ou filmer et de s’éloigner avec quelque chose qui s’y trouve. D’après lui, nous aurons l’occasion d’observer quelques employés au travail sur un projet en cours. Yeeessss !!

Il est plutôt doué pour ça le Paul et ça se voit rapidement. Plein d’humour pince sans rire, il nous met tout de suite à l’aise en se saisissant d’une épée de samouraï sous prétexte de se défendre contre une attaque de zombies mais accessoirement, pour s’en servir comme outil de pointage. On pénètre finalement dans le lieu dit qui ressemble à un atelier blanc couvert de dessins, statues, moules, armures et armes. Un ordinateur est allumé à côté avec un logiciel de 3D qui tourne. Ça, je connais. C’est Maya. Pas l’abeille, c’est le nom du logiciel. J’ai quasiment le même à la maison.

Il nous fait donc une rapide introduction sur le processus de création d’un accessoire, partant de la modélisation 3D sur ordinateur, de la création d’un moule, de l’ajout de détails, de la peinture, etc. C’est vraiment passionnant de voir à quel point les choses sont à la fois extrêmement minutieuses mais également sommaires, le but étant de trouver l’équilibre entre le détail nécessaire à ce que l’objet rende parfaitement à l’écran aussi bien d’un point de vue visuel que mécanique (il faut par exemple qu’une épée ou un fusil paraisse « lourd » sous peine de trahir sa nature fausse) mais sans pour autant y passer des mois et des milliers de dollars à le fabriquer. Certains objets sont fabriqués à la main et d’autres, utilisés en masse (on pense aux scène de combats massifs qui nécessitent une grande quantité d’épées), moulés ou usinés.

On poursuit la visite et on discute des armes utilisées dans le Seigneur des Anneaux. Chaque arme des héros principaux ont été réalisées en plusieurs exemplaires (l’usure, l’usure) en métal et en plastique. D’ailleurs la plupart des éléments sont réalisés en polyuréthane, facile à travailler et léger. Les armes en métal ont été forgés par l’un des derniers armuriers existant qui se trouve avoir été honoré du titre officiel de « Master Swordsman » par la reine d’Angleterre. Il faut dire qu’en dehors des armes honorifiques et l’industrie cinématographique, la demande d’épées doit être faible. Les armes en plastique ont été utilisées pour les scènes de combat car plus légères et donc moins fatigantes pour les acteurs. Le seul ayant refusé cet artifice fut Vigo Mortensen, Aragorn dans les films, afin d’être au plus juste dans son jeu. Paul lui voue depuis une vénération sans borne.

Nous poursuivons un peu plus loin en passant devant la haute stature de Sauron, dans son armure noire. Impressionnant. De nuit avec deux petites diodes dans les yeux, je part en courant. Quelques coups sur son torse nous prouvent que tout est en plastique. D’ici, c’est pourtant criant de vérité. Paul nous explique la technique utilisé pour fabriqué les multiples cottes de mailles nécessaires au tournage. Travail extrêmement fastidieux, ils ont quand même réussi à accélérer le processus en fabriquant les anneaux à la chaine dans des moules en plastique. Initialement, ils les découpaient à la main dans des sections de tubes. Ensuite, il n’y a plus que les assembler en tricotant patiemment la maille. D’après lui, un peu entrainé on peut en faire deux ou trois par jour. En y perdant la santé mentale, oui ! Pour les plans serrés, ils ont été obligé d’en faire quelques une en métal véritable. Encore une fois, pour Vigo, se serra une vraie, s’iouplait.

Dans un coin trône une maquette de deux mètres de haut de Minas Tirith, utilisée pour les plans larges. Encore une magnifique idée de décoration intérieure.

Un peu plus loin, il nous montre des masques moulés de visages et nous invite à les toucher. Chacun a été réalisé dans une substance différente représentant les différentes étapes et recherches menant au prototype final. J’avoue que c’est extrêmement perturbant de triturer le nez d’un homme dont la peau est si réaliste au touché. C’est comme s’amuser sur un cadavre. Bizarre. D’ailleurs il nous parle des différentes prothèses portées par les acteurs et notamment celles conçus pour l’acteur interprétant le grand chef des Uruk-hai, ces grands balaises aux cheveux filasses croisés dans le deuxième et troisième volet de la trilogie. Pour lui donner cet aspect incroyablement musclé et laid, l’interprète a du endurer dix heures de maquillage et de collage minutieux à chaque fois qu’il fallait tourner une scène. Je crois que ces gens sont fous.

En continuant nous apercevons une petite réplique de King Kong au réalisme frappant, hormis la taille. Paul nous apprend que tout ces poils sont du poil de yak, plantés un par un. Faut-il en avoir de la patience. En face, en se retournant, deux personnes, vivantes je précise, sont en train de travailler sur une sorte de petite estrade. Paul nous les présente et chacun s’envoie des « Hi » timides. Il s’agit de deux sculpteurs qui travaillent sur des petites marionnettes qui seront utilisées pour un petit film pour enfants. On papote avec eux pendant cinq minutes chacun posant des questions plus ou moins banales. La question de la formation nécessaire à ces métiers arrive forcément sur la table. Finalement il n’y a pas de chemin unique, seul compte son envie, son talent (mais encore une fois, c’est souvent lié) et sa créativité. Paul nous parle, par exemple, d’une collègue dyslexique, rejeté par le système éducatif mais au talent et au génie hors-norme qui a trouvé ici un métier qui l’épanouie.

Sur ce, notre guide clôt la visite et nous raccompagne à l’accueil alors que nous le remercions. Voilà une visite vraiment passionnante et amusante, même si beaucoup de choses ne m’était pas inconnues. Par contre, je ne suis pas certain que l’on ai vraiment visité le Workshop, juste un petit espace réservé pour les visites avec quelques employés désignés pour aller l’animer. On ne peut pas tout avoir et si plus d’entreprises faisaient la même chose et aussi bien, se serait peut-être pas mal. J’imagine déjà la visite guidé d’une usine de cassoulet en boite. Non. En fait, je crois que je vais vomir. Certaines choses doivent rester dans l’ombre.

Après avoir acheté une petite carte postale en cotte de maille, je claque la bise aux trolls qui ont été bien gentils et patients, et repart à pied vers le centre ville. Tiens, j’aurais du m’offrir une épée pour me faire respecter des chauffeurs de bus.

En route vers Wellington

Il faut vraiment que vous compreniez quelque chose d’essentielle à propos de la Nouvelle Zélande. Ce pays est petit. Je dirais même minuscule et surtout l’île du Nord (que je persiste à honorer d’un N majuscule). C’est bien simple, on peut la traverser d’Auckland à Wellington en une bonne journée de route. C’est ridicule, hahaha, j’en ris tellement ça l’est, riquiqui. En plus, lors de cette traversée, on est perturbé par des changements de paysages complètement incongrus et malvenus, à mon sens, car chacun sait qu’un vrai paysage, il est homogène sur 500km ou ça devient de l’hystérie géologique.

Non, l’Australie, en voilà un pays à la bonne échelle. On prend une photo par jour et on a résumé son trajet. Pas besoin de s’arrêter toutes les dix minutes dans le froid et le vent pour tenter de croquer un ressenti. C’est un coup à choper une maladie grave où un ennui mécanique.

Hors donc, je décide de descendre au sud du nord pour aller visiter la capitale du pays, Wellington, posée dans une baie juste en face de l’autre île, séparée par un mince détroit d’une quinzaine de kilomètres de large. Présentement, je suis en train de regarder une carte des environs et, faut-il vraiment manquer d’imagination, je constate que ce détroit s’appelle le détroit de Cook. Cook par ci, Cook par là, ça devient de la vénération à force. Mais je m’égare.

Cette traversée de Rotorua à Wellington en voiture permet de traverser le cœur de l’île où se trouve l’immense lac Taupo, la ville du même nom sur sa rive nord mais beaucoup moins immense mais également l’immense pour de vrai plateau volcanique du parc national de Tongariro, au sud du lac, où dominent quatre grands volcans, en plein milieu du Mordor, pour ceux qui cherchent à se débarrasser de leurs bijoux. Je vous en parlerai une autre fois car aujourd’hui, je file vers Wellington. Je visiterai un peu plus longuement au retour.

DSC_7959_DxOIl n’y a pas à dire, l’hiver c’est nul. Même si on est vers la fin. Il fait un petit temps frisquet et gris. Je quitte donc Rotorua le matin très tôt après une petite séance photo devant le lac couvert de brume. Au sud, je traverse un paysage de collines vertes et quasiment dénudées où paissent des moutons blancs (pour changer) et rejoint assez rapidement Taupo. La route longe l’immense lac, mais avec ce temps, tout est gris est morne.

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DSC_7998_DxOLa route s’élève tout doucement pour rejoindre le plateau de Tongariro. La température prend le chemin inverse. Un vent frais souffle là haut et la végétation change d’aspect. On quitte les prairies vertes et ondulantes pour un paysage plus plat couvert de plantes brunes ou beiges à l’aspect rustique. Au loin, des collines marrons rappellent l’Ecosse. Alors que je roule, je tente désespérément d’apercevoir ces satanés volcans à droite qui s’obstinent à se cacher dans les nuages. Peine perdu, la météo n’est pas avec moi. Peut être au retour aurai-je plus de chance.

DSC_8002_DxOEn tout cas, le paysage est un peu désolé et hormis une base militaire je ne croise aucune ville ou village. C’est finalement alors que je m’apprête à redescendre du plateau et que le paysage redevient un peu plus vert que j’aperçois la base du Mont Ruapehu, le plus méridionale des quatre volcans. Fichtre qu’il fait froid. J’ai définitivement perdu mes capacités d’acclimatation sous 20°C. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête dans la petite ville de Taihape pour quelques courses de survie : de la nourriture et un petit bonnet bleu élastique en laine mérinos 100% néo-zélandaise made in China. On s’étonne après qu’ils aient des problèmes économiques. En tout cas, les vendeuses sont sympas. Par contre, ces petites villes n’ont décidément aucun charme.

Finalement, la route longe plus ou moins la mer pendant plusieurs kilomètres sous un temps légèrement pluvieux. La prochaine fois, je vient en été. C’est bien la peine de visiter un pays réputé pour ses paysages sous ce temps. Ou alors autant aller en Ecosse. A l’approche de Wellington, l’urbanisation se densifie, la route s’agrandit d’une voie et le trafic augmente notablement. Surtout, sans prévenir, ce qui était une autoroute se transforme en rue et je me retrouve projeté dans le centre ville de Wellington avant de comprendre ce qui m’arrive. En même temps, ça tombe bien, mon hostel s’y trouve. Au passage, je retrouve avec joie et délectation la joie masochiste qui consiste à trouver son hôtel en automobile et se garer dans une ville moderne. Au moins, l’auberge est bien située.

Première impression de Wellington ? Mmmmh, c’est pas très joli et un brin endormi.

Rotorua

Il y a plusieurs façon de voyager. Tenez, par exemple, on peut potasser son Lonely Planet ou Guide du Routard (selon ses préférences) trois mois à l’avance, lire au moins quatre livres d’histoire du pays, deux romans, un film et organiser un voyage au plus serré pour ne rien rater. Jusqu’ici, ce n’est pas ce que j’ai fait. Du coup, je n’arrête pas d’être surpris pas la Nouvelle-Zélande car, hormis certains paysages, je n’ai aucune idée de ce qui m’attend. L’inconvénient de cette technique c’est qu’il est fort possible que je passe à côté de certains lieux totalement incontournables que j’aurai inconsciemment contourné.

Je ment un peu d’ailleurs en affirmant n’avoir rien préparé pour ce pays. J’ai tout de même eu une discussion avec Jane, la nouvelle-zélandaise croisée à Darwin avec son mari Nick, qui m’a donné deux trois idées de choses à faire jugées vraiment chouettes dans l’île du nord. Ce que j’ai retenu c’est que la partie centrale de l’île est particulièrement volcanique.

Rotorua n’est pas au centre de l’île mais n’empêche que c’est particulièrement volcanique dans les environs. D’ailleurs, un soupçon d’odeur de souffre plane dans les rues de la ville émanant des nombreuses sources géothermiques. Ça ne fait rien pour augmenter l’attrait de cette petite bourgade qui suit un classique plan en grille que bordent des bâtiments et magasins de plein pied. C’est une sorte de Matamata en plus grand, si vous voyez ce que je veux dire. Si vous ne le voyez pas, vous êtes quand même bien capable de l’imaginer : ce n’est pas spécialement dynamique, surtout les nuits de fin d’hiver. Il doit bien y avoir un ou deux bars sympathiques mais à l’heure où je feint de vous écrire par l’emploi du présent narratif, je suis au Youth Hostel Association de Rotorua, légèrement en retrait du CBD.

Après mon après midi dans le Comté, je suis arrivé en début de soirée en ville et une fois récupéré mon lit dans une chambrée de quatre surchauffée par une centrale géothermique, part à la recherche de quoi me restaurer. Je n’y passe pas non plus des heures car je dois vous avouer quelque chose : ça fait bien cinq jours que j’ai des petits soucis de santé. Jusqu’ici tout était parfait mais je soupçonne les fraiches soirées de Melbourne et notamment ce fameux match assez venteux au sommet du MCG d’avoir entamé ma santé. Les choses se sont doucement dégradées depuis mes premières nuits à Sydney et je passe maintenant mon temps à déglutir des lames de rasoir ou du verre pilé, selon l’éloignement de ma dernière succion de pastilles Strepsils extra-fortes aux anesthésiants. La nuit, je bascule en mode survie en tentant de respirer à travers une trachée obstruée par des substances dont je suis quasiment certain produire moi même mais sans en avoir donné l’ordre. Ce doit être mon système immunitaire qui tente des choses mais sans en mesurer les conséquences sur mon alimentation en oxygène. Tout ça pour dire que ça commence à bien faire les températures en dessous de 20°C.

Dans un élan d’auto-médicamentation, je décide donc de m’arrêter à un restaurant « cuisines sud-américaines » et commande une tequilla brute en apéritif suivi d’enchiladas extra-fortes. La serveuse m’apporte la boisson en m’avouant que ce n’est pas commun. Ce n’est non plus pas très efficace et hormis une douce chaleur qui m’envahit et un goût vraiment moyen dans la bouche, je ne le recommande pas. J’avale donc mes enchiladas, moyennement épicées et repart pour une nouvelle nuit en apnée.

Avec tout ça, le lendemain, je décide de prendre des mesures drastiques. Je veux bien attendre trois autres jours que ça se soigne tout seul mais ça va sérieusement me gâcher le voyage. C’est donc dans un cabinet de médecin que je me retrouve en mâtinée à attendre mon tour. C’est d’ailleurs finalement une bonne idée car ça me permet d’avoir un aperçu d’un système de santé étranger. On devrait tous tomber malade pendant nos voyages.

Déjà, le cabinet que j’ai choisi, un peu par hasard, regroupe plusieurs médecins de différentes spécialités. Une pharmacie est attenante à la salle d’attente et les prix affichés au dessus des bureaux des secrétaires. On me demande mon assurance santé internationale, ce qui est une bonne chose car la consultation est facturée 150$ en tant que non résident, soit environ 90€. Pour les résidents, ma mémoire faibli mais je crois bien que c’était autour de 20$. Si jamais le médecin m’annonce que c’est un bête rhume, ça fera cher le rhume.

Heureusement, une fois la consultation effectuée par un médecin sympathique avec qui je parle voyage, forcément, il me prescrit des antibiotiques. Ce n’est sans doute pas systématique mais dans un soucis d’efficacité, je n’en attendais pas moins. De toute façon, avec moi, c’est toujours efficace vu que j’en prend rarement. Si je me permet un petit saut dans le temps, au bout de 24h, ça allait déjà beaucoup mieux et le jour suivant, c’était réglé.

Au moment de réglé au secrétariat, encore une fois, ma carte bleue refuse la transaction et je repart dans le froid retirer de l’argent liquide. Depuis un semaine, en tâche de fond, je tente de joindre mon banquier par e-mail pour lui demander des explications. Cet abruti ainsi que son remplaçant car il est en vacances, ne savent manifestement pas utiliser ce moyen de communication car je n’ai aucune nouvelle. C’est donc toujours avec angoisse que règle mes factures.

Mais Rotorua, ce n’est pas qu’une ville où on peut se faire soigner efficacement des petits maux. En vérité c’est même une ville où on peut se faire soigner des grands. Enfin, ça l’était. Et encore. On n’est pas particulièrement sur du taux de réussite, finalement, même si, à l’époque, les gens y accourait. DSC_7955_DxOMais de quoi parle-je ? Tout simplement de l’industrie thermale de la ville qui est d’ailleurs la source (si je puis m’exprimer z’ainsi par un jeu de mot facile) de son développement avec le tourisme. De cette époque ne restent que quelques bâtiments à l’architecture originale, l’office du tourisme et le musée. Ce dernier est abrité dans les anciennes thermes de la ville et je suis allé y effectuer une petite visite sous la conduite d’un guide bénévole d’une soixantaine d’année fort sympathique, en compagnie d’un couple de néo-zélandais. Un peu comme Steve, je le trouve fort agréable, chaleureux et gentil. Pour le moment, les nouveaux-zélandais (pour changer) sont sympathiques. D’ailleurs il nous apprend que sa femme est maori. Pourquoi je vous dis ça ? Et bien parce qu’une section du musée est dédié à la culture Maori des environs. Mais je vous en parlerai une autre fois.

C’est un endroit qui craint un peu côté volcanisme vu que c’est pas mal actif. Hier ou à peine, en 1886, il y a eu une explosion du Mont Tarawera (vous n’êtes pas obligé de retenir le nom, ce ne sera pas à l’examen) qui a tué 150 personnes et entièrement détruit deux magnifiques cascades de terrasses de silicates blanches et roses, célèbres jusqu’en Angleterre qui s’avéraient être le clou touristique de la région. Dans les années 50, c’est une coulée de lave qui a enseveli une ligne de chemin de fer et provoqué un accident. Si je m’échappe d’ici avec juste mon mal de gorge, je signe.

DSC_7960_DxOBien que la ville ne soit pas exceptionnelle ou même mignonne (si, ne nous voilons pas la face), elle borde néanmoins un grand lac (le deuxième par la taille de l’île du Nord) avec un volcan en face se reflétant dans ses eaux tranquilles. Autour, sur la rive, des volutes de vapeur et de sulfures hydrogénés s’échappent de crevasses menant directement aux boyaux terrestres. C’est sublime et un tantinet diabolique, surtout cette subtile essence d’oeuf pourri. Enfin. C’est ce qu’on m’a dit. Moi j’ai rien vu car, hormis une micro-parenthèse ensoleillée, il faisait un temps de chien pourri et galeux ou, au mieux, le jour de mon départ le surlendemain, brumeux. Ceci dit, je préfère la brume car au moins, elle est photogénique surtout lorsqu’il y a plein de mouettes à la moue dubitative ou des cignes au port de cou d’aristocrates en fin de race. La pluie, c’est nul.

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De rondes portes

J’ai vu un film, il n’y a pas longtemps, qui était vachement chouette. Dans cette dernière phrase, vous devriez sentir l’influence indéniable qu’ont eu les aventures du Petit Nicolas sur moi. Et ça ne tient qu’à un adverbe et un adjectif bien choisi. Tenez, j’aurai pu dire : « J’ai vu un film il n’y a pas longtemps, qui était super cool » et la face de ce billet en aurait été transformé (en tout cas, son introduction sérieusement raccourci). Tout ça pour vous dire que je suis extrêmement influencé par ce que je vois au cinéma.

Hors donc, ce film, qui s’avère être en réalité une série de film, a été tourné en grande partie en Nouvelle Zélande. C’est une histoire bouleversante ayant trait au milieu des gens handicapés par leur taille contraints à une longue marche par tout temps nu pieds à travers le pays pour se défaire de leur addiction à la joaillerie, sujet peu traité de nos jours et qui mériterait sans doute plus de considération de nos hommes politiques. En tout cas, une large part est donné aux paysages immenses et fantastiques de ces contrées méridionales, sans doute pour marquer le contraste avec la petite taille du héros (qu’elle est ma place dans cet univers trop grand?) et sa vénération futile et matérielle pour un bout torique de métal brillant alors que la véritable beauté, elle est là, autour de toi, dans la nature, petit con. C’est pas pour rien que le réalisateur c’est fait chier à filmer son pays vu du ciel, sans compensation carbone, le gros dégueulasse. Accessoirement, il y a des gens avec des épées dans le film, mais je trouve que ça l’éloigne de son véritable sujet qui est l’addiction au pouvoir et la possibilité d’une amitié entre deux hommes de petites tailles (et sans chaussures, source d’empathie physique pour les personnages) à l’homosexualité refoulée par temps de guerre.

Dans cette série de film, les héros sont originaires d’un petit village à la pauvreté extrême, incapables de rassembler des fonds pour s’acheter des parpaings, des briquettes rouges occitanes ou, à l’extrême limite, des panneaux de tôle ondulée pour se construire des habitations en dure. Ils en sont réduits à se creuser des terriers qu’ils agrémentent de portes en bois ronds pour se préserver une intimité. Par contre, ils se vautrent dans le péché de gourmandise, les salopards, pour compenser leur manque manifeste de génie civil. Hors donc, il se trouve que le décor de cinéma de ce petit village a été préservé et peut être visité par le commun des mortels, avec ses chaussures.

C’est donc après deux heures de route tranquille, par delà les montagnes volcaniques de Coromandel puis dans une plaine de prairies bordé à l’est par d’autres montagnes couvertes de verdure que je parvient à la petite ville de Matamata. Vous avez noté, je l’espère, un certain DSC_7912_DxOschéma dans le nommage des bourgades dans ce pays. Il s’agit bien entendu de noms Maori. Pour m’ôter mes derniers doutes, un grand panneau à la police de caractère officielle claironne « Bienvenue à Hobbiton ». Ce que j’aperçois de la ville n’a rien de folichon, quelques rues bordée de magasins de plein pieds. Au coin d’un parc, une petite maison à l’allure médiéval fantastique attire mon regard et je me gare à proximité. Après inspection de proximité, il s’agit de l’office de tourisme. Tiens donc.

A l’intérieur, je retrouve la même décoration médiévale inspiré des films mais également deux dames derrière un comptoir et quelques autres touristes comme moi mais au physique beaucoup plus japonisant.

« Bonjour, je souhaiterai prendre un billet pour visiter Hobbiton.

  • Bonjour. Bien sur, au départ de Matamata ?
  • Euh oui. C’est quand le prochain départ ?
  • Dans un quart d’heure.
  • Ah ben parfait. C’est combien ?
  • 50$.

Silence. Tout de même. Je vous l’ai dit, je suis extrêmement influencé par le cinéma. Le taux de change est à 60 centimes d’euro par dollar néo-zélandais, ça relativise.

  • D’accord. Un billet adulte, s’il vous plaît.

Je patiente donc un peu dehors alors que le temps est légèrement gris. L’attente est de courte durée. Un immense bus estampillé « Hobbiton » se gare devant la chaumière et quelques touristes en descendent suivi du chauffeur. Ce dernier pénètre dans l’office du tourisme puis, quelques minutes plus tard en ressort. « Il semblerait que vous soyez le seul. On y va ? ». Je monte donc et m’assois derrière lui alors qu’il reprend sa place. Nous prenons la route et en même temps, le chauffeur se retourne vers moi en me lançant un « Salut, au fait mon nom est Steve. Et vous ? ». Je me présente et sous son questionnement lui décline ma nationalité et mon parcours. Pendant le quart d’heure du trajet, on se met à discuter de Hobbiton, du tournage du film mais également de choses plus générale ayant trait à la Nouvelle-Zélande. Je lui dit même que je compte bien descendre à Wellington visiter les studios WETA, la boite d’effet spéciaux de Peter Jackson, voir y laisser un CV. De manière assez sympathique il m’encourage à le faire. A dire vrai, de manière générale, Steve est très sympathique, ouvert et d’aspect franc. Grâce à lui, j’apprends que la Nouvelle-Zélande est un pays très rural. L’exploitation du site d’Hobitton est une source de revenue bienvenue pour Matamata et sa région. On évoque rapidement la grève des techniciens du cinéma néo-zélandais qui a eu lieu avant le tournage du Hobbit, afin de demander un réajustement de leurs salaires sur ceux des intervenants étrangers. C’est assez amusant d’avoir l’avis d’un autochtone après avoir lu des comptes rendus de la presse étrangère.

Lorsque j’évoque la ressemblance sur de nombreux point avec l’Australie et l’impression que j’ai de proximité très forte aussi bien culturel que politique entre les deux, il acquiesce et avec un sourire, à propos des australiens, ajoute cette phrase lourde de sens « On aimerait bien avoir leur argent, aussi ». C’est grâce à lui que j’entraperçois pour la première fois la réalité économique en Nouvelle-Zélande, beaucoup moins reluisante que son voisin. Une économie et une agriculture peu diversifiée (essentiellement basée sur l’élevage ovin et bovin) font de ce pays rural le parent pauvre. On mesure alors d’autant plus le poids et le potentiel du tourisme comme source importante de revenue. Je suis du coup encore plus admiratif de Peter Jackson, à l’époque réalisateur néo-zélandais de films de série B qui s’est battu auprès des grandes majors hollywoodiennes pour que sa trilogie des Anneaux soient entièrement filmés, tournés et post-produits dans son pays alors qu’il n’y avait qu’une petite industrie cinématographique nationale. Grâce à lui, son pays a une visibilité mondiale et les compétences de ses techniciens sont dorénavant de renommée idoine.

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Finalement, il me dépose à une sorte d’auberge le long d’une route de crête, dans un paysage de rondes collines ondoyantes couvertes d’un gazon vert tendre ou paissent de blancs moutons. Que c’est beau. Ce qui l’est moins, c’est ce ciel de plus en plus gris. Sur un parking, quelques voitures sont garées. Steve repart après m’avoir assuré qu’il sera là pour me redescendre à Matamata. Chic type. On m’assure que le tour va bientôt débuter. On attend juste le bus pour nous amener au site. Décidément, il y a beaucoup de transport.

Dix minutes plus tard, un car blanc à l’aspect usé mais toujours estampillé « Hobbiton » débouche d’une colline de l’autre côté de la route et arrive vers nous sur un chemin de terre. Il déverse son lot de visiteurs, sourires aux lèvres, ainsi que la chauffeur, une dame costaud à l’allure masculine. Un jeune homme blanc sort de l’auberge et nous rassemble. « C’est pour le tour de 16h ? ». Oui, m’sieur. Nous montons donc dans le bus et il commence par nous rassurer en nous affirmant que le radar annonce que la pluie ne sera pas de la visite. Le fait qu’ils aient un radar météo m’indiquent que la pluie n’est pas rare dans ces parages. Il se présente, Sam, alors que notre chauffeuse repart sur le chemin gravillonneux.

Comme d’habitude nous commençons par décliner notre nationalité et comme par hasard, me retrouve avec un couple de français. Indéniablement, nous sommes un peuple de voyageurs en tout cas, beaucoup plus que les irlandais ou les autrichiens. Pendant ce court trajet en car, qui se prénomme Gandalf, tout les cars ayant un nom pioché dans l’oeuvre, Sam nous expose un peu la genèse de ce site. Peter Jackson, à la recherche d’un décor évoquant la campagne anglaise (d’après lui, ce qui prouve qu’il n’a pas foutu les pieds dans la campagne anglaise depuis un certain nombre d’années) avec un petit lac et des collines a repéré une ferme par hélicoptère. Après négociation, la famille accepta de louer une partie de ses terres pour la construction du décor. On construisit l’ensemble, on tourna les scènes du Seigneur des Anneaux et tout le monde était content. Selon les clauses du contrat, la compagnie de production s’apprêta a revenir sur les lieux du décor pour le démonter et ainsi rendre la terre aux propriétaires. La météo, capricieuse (d’où le radar) décidé de contrecarrer ces plans, déversa des trombes d’eau sur le site. Impraticable, les machines de chantier et les semi-remorques ne purent l’atteindre pendant un long moment. La production demanda donc un délai de quelques mois à la famille.

Pendant ce temps, un certain nombre de touristes vinrent de manière officieuse sur les lieux du décor. La famille leur firent la visite de la même manière mais il devint clairement évident qu’il y avait un potentiel touristique. Elle négocia donc avec la société de production, propriétaire des décors, pour les maintenir sur place (voir de les rénover un peu, le site ayant souffert du déluge) et proposer des visites organisées. Ainsi fut-ce fait et ce fut-ce un succès.

Quelques années plus tard, on décida de tourner le Hobbit, autre trilogie cinématographique (cette fois-ci plus accès sur le douloureux thème de l’appât du gain et l’addiction à l’or) ayant pour nombreuses scènes le décor d’Hobbiton. La production revint donc sur les lieux mais décida de le restaurer entièrement avec de véritables matériaux de constructions pérennes, bois, pierre et mortier. Le décor initial n’était qu’un pâle pastiche de polystyrène. En tant que spectateurs, nous nous somme fais eu. Le choix de le construire en dur est d’ailleurs motivé par deux choses. Premièrement on avait compris l’intérêt de conserver le décor au delà des besoins du film mais également car ce nouvel tri-opus devant être tourné avec des caméras de résolution largement supérieur au premier projet, les décors initiaux se seraient trahis à l’écran. Le polystyrène, ça va bien lorsqu’on est myope.

Bien évidemment, le sujet financier fut abordé, curieux que sont les gens des revenus des autres. Je crois bien qu’un loyer d’un million de dollars par an pour les décors a été évoqué, en échange de l’exploitation touristique par la famille. A priori, ils n’ont pas l’air de se plaindre.

Il n’y a pas à dire, ces terres sont charmantes. En passant, Sam nous indique gentiment le vaste espace plat où furent garés les multiples semi-remorques de logistique lors du tournage. Ooooooh. J’apprendrai quelque jours plus tard que ces magnifiques collines de prairies vertes agrémentées de quelques arbres solitaires et de petites mares nichées au creux des ondulations furent à l’origine entièrement boisées. La déforestation massive, c’est triste à dire, mais c’est parfois réussi. DSC_7929_DxOAprès une descente nous apercevons enfin les décors à flanc de colline et c’est un concert synchronisé et spontané de « Aaaah » et de levage de fesses qui accompagne l’arrivée. Moi je reste assis et je ne pipe rien. Oh ! C’est qu’un décor de cinéma, ça vaaaaa ! Depuis que j’ai participé au tournage foiré d’un pilote d’émission de télévision, je suis comme ça. N’empêche que c’est très mignon.

On nous dépose au pied des décors, astucieusement cachés à notre vue de ce point de départ par de hautes haies taillées. Sam solennellement nous explique que nous resterons une heure sur place, boisson gratuite à l’auberge du Dragon Rouge compris. Ah ? Une boisson ? Gratuite ? Cool. Pour commencer, il lance un rapide sondage à main levée pour connaître le nombre de personnes n’ayant jamais vu les films ou lu les livres. Cette fois-ci c’est 0% mais il nous assure qu’il lui arrive régulièrement de voir des gens qui ne viennent ici que pour rendre jaloux des amis alors qu’ils ne connaissent absolument pas l’histoire. Moi, je veux pas rendre jaloux, je veux m’asseoir au coin du feu de Bag End.

DSC_7914_DxONous pénétrons dans le site et malgré le temps couvert, le paysage à flanc de colline est vraiment mignon. Par contre, magie du cinéma et du cadrage serré réuni, l’ensemble du décor est quand même relativement réduit en surface, à tout cassé je dirais 100 mètres sur 100 sans compter le petit lac et l’auberge de l’autre côté. Bag End, Mecque touristique que tout le monde attend avec impatience se trouve en haut. Sam nous déverse alors un flot d’anecdotes sur le tournage, que je connais pour la plupart pour avoir déjà lu plusieurs articles sur le sujet. Il nous pointe du doigt l’endroit où Frodo rencontre Gandalf, l’endroit où le magicien lance ses feux d’artifice aux enfants ainsi que le bosquet ou Ian McKellen a déversé son urine afin de se soulager urgemment d’une envie pressante que ses lourdes robes lui empêchait de satisfaire dans le temps imparti à la conservation de sa dignité d’acteur Shakespearien d’âge mur. Mais ça, c’est moi qui me fait un film.

DSC_7915_DxOCe qui est assez amusant, c’est effectivement le soucis du détail et du réalisme des éléments du décor. Tout a été patiné et âgé à la main et même des vêtements ont été pendus à des lignes pour donner de la vie à l’ensemble. Sam nous apprend qu’une équipe de jardinier opère à plein temps sur les lieux, fleuri même en cette période. Autour du site, des lignes électrifiées protège cette alléchante végétation de l’appétit des moutons de la ferme.

Tout n’est d’ailleurs pas réaliste dans ce décor. A dire vrai, suivant le sens dans lequel on le prend, la moitié des multiples trous de hobbit qui parsème le simili-village sont soit trois grands, soit trop petits. Certains sont à l’échelle humaines pour les plans impliquant des acteurs de taille « hobbit » alors que d’autres sont de taille plus réduite pour des acteurs jouant des personnages humains. J’espère que tout ceci est clair.

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DSC_7925_DxOPar contre, et là je suis déçu, ce décor n’est que de façade. Oui, oui, magie du cinéma, me voilà, je connais merci mais mince, je me disais tout de même qu’ils auraient pu construire au moins UN véritable intérieur. Que nenni. Lorsqu’on ouvre une de ces rondes portes, on ne trouve derrière qu’un mur aveugle. Damn. La photo souvenir dans Bag End, la porte ouverte et la tête émergeant de l’entrée nécessite alors un cadrage travaillé pour ne pas révéler la supercherie.

Justement, j’ai beau avoir l’habitude, je n’arrive toujours pas à comprendre l’intérêt qu’il y a se photographier bêtement devant un site touristique en mimant une pose comme le millionième précédent touriste, juste pour avoir une photo prouvant « qu’on y était ». C’est navrant et même, je trouve ça triste. Ça veut dire que la majorité des gens n’ont que des connaissances n’ayant aucune foi en leurs dires. « Hey, les gars, super cette visite du Taj Mahal. ». Ouaih, ouaih. Prouve le. Et paf, obligé de se DSC_7933_DxOprendre en photo certifié conforme pour ne pas se faire pourrir à son retour. Avec le diktat de Facebook, c’est dorénavant urgent d’alimenter sa page de contenu. Ces médias sociaux sont voraces en contenu. Je peux vous dire que ça ne fait rien pour améliorer la qualité du flot photographique du touriste moyen. Du coup, alors que tout le monde faisait la queue pour se faire prendre en photo un grand sourire aux lèvres et le pouce en l’air devant la célèbre porte ronde et verte, Sam c’est tourné vers moi. « Vous voulez que je vous prenne en ph…. ? ». NON. Si vous ne me croyez pas quand je vous dit que j’y étais, j’en ai rien à faire. Je ne compromettrai pas ma dignité dans l’affaire.

DSC_7947_DxONous finissons la visite par le champs où fut tourné la grande fête d’anniversaire de Bilbo alors que le soleil commence à baisser. De l’autre côté du lac bordant le champs se trouve l’auberge du Dragon Rouge, ajout récent n’ayant jamais apparu dans les films, uniquement construit dans un but mercantile. Néanmoins, elle a été construit dans un style homogène à proximité du petit moulin et le pont de pierre qui eux, sont « authentiques » au sens du tournage. Je ne vais pas faire la fine bouche car c’est dans ce lieux que nous seront servis notre boisson gratuite.

DSC_7952_DxOLe groupe se dirige donc là bas après une charmante traversée du pont de pierre. La vue sur le village de l’autre côté est charmante et l’air frisquet de fin de journée rend l’auberge encore plus accueillante. Des lampions sont allumés à l’extérieur et de chaleureux halos orangés aux fenêtres invitent à entrer. Si j’avais un pub comme cela à proximité de chez moi, j’y passerais mes soirées. Tout est en bois sombre avec des poutres apparentes et une grande cheminée dans la salle principale. Des petites fenêtres rondes percent les murs et pour ne rien DSC_7953_DxOgâcher, tout est à l’échelle humaine. Ça évite le torticolis ou le blocage du bas de dos. On nous propose une bière brassée localement, un cidre également du cru ou bien un thé chaud. J’opte pour la bière locale et choisi un cookie sur mes deniers personnels pour encore plus de confort. Mmmmmmh. Une petite musique celtique en fond fini de me transporter dans l’atmosphère médiéval fantastique de l’oeuvre de Tolkien. Le charme se brise lorsque je vais aux toilettes et que je retrouve le carrelage blanc, le savon et le sèche mains Dyson. Ils nous font chier avec leurs normes d’hygiène. Une fosse à purin, voilà ce qu’il fallait !

DSC_7948_DxOUn quart d’heure plus tard, Sam nous rassemble et nous remontons dans le car Gandalf, toujours conduit par la matrone de l’allée. Il demande à l’assemblée si tout le monde est satisfait de sa visite. Oh oui. Je crois que je suis vraiment difficile mais je suis un peu frustré et un peu agacé par le prix vraiment élevé pour la durée et ce qui n’est finalement qu’un décor. Ils auraient pu dire plein d’autres choses sur les films, l’œuvre, le tournage, les effets spéciaux, bref agrémenter un peu plus la visite et donner un peu plus de corps à une expérience qui revient malgré tout à près de 30€ par personne. Faut-il vraiment que je sois passionné ? Sans doute oui, et sans doute est-ce aussi parce que je viens de faire la moitié d’un tour du monde pour en avoir la possibilité. Je me demande combien de personnes du cru ont payé pour cette visite ?

Tout ça pour dire que je réponds hypocritement « oui », comme tout le monde. Ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, après avoir attendu dans le froid que Steve se repointe avec son car, alors qu’il me pose la même question, que je lui réponds « non ». Déçu de pas pouvoir rentrer dans une maison de hobbit, voilà pourquoi je ne suis pas satisfait. Ils sont dans les studios de Wellington, chez WETA, les décors intérieurs, me révèle Steve, ce que je savais déjà. C’est juste que j’imaginais qu’ils avaient fait l’effort de faire pareil ici. Enfin, c’était sympa quand même.

De retour à ma voiture, je reprend la route encore plus au sud. Ma prochaine étape est Rotorua, dans une heure de route, et j’ai tout le temps de replonger dans l’atmosphère du Seigneur des Anneaux en conduisant.

The Coromandels

Le lendemain matin, je me réveille sous un temps magnifique. Ciel bleu, grand soleil, temps légèrement frais, voilà qui donne envie de partir à la découverte des environs. Pour tout vous dire, je n’ai aucune idée de ce que je vais voir. Je suis arrivé en Nouvelle Zélande les mains dans les poches, en ayant rien planifié. J’ai du réserver l’hôtel dans ces environs il y a deux jours en ayant vu vaguement quelque chose sous Trip Advisor. D’ailleurs, pour être totalement exhaustif, je n’avais pas non plus prévu initialement de m’arrêter en Nouvelle Zélande. Il y a trois semaines, un peu frustré par les paysages australiens, j’ai rogné une semaine sur mon séjour aussie pour insérer une semaine kiwi, malgré une fin d’hiver austral plus intense ici. Ce ne sera qu’un aperçu de la Nouvelle Zélande.

DSC_7844_DxOAutour de Tairua, les paysages sont montagneux. Je comprend mieux la raison de la route sinueuse que j’ai emprunté hier soir. Le village (ou alors petite ville si on est tolérant) est située au bord d’une très jolie baie quasiment fermée. Cette partie de la côte néo-zélandaise forme un grand arc, délimitant une gigantesque baie appelée « Bay of Plenty », que je traduirais par « Baie d’Abondance ». Le nom est pompeux mais, si je ne dis pas de bêtises fut le lieu d’atterrissage du capitaine Cook lors de sa « découverte » de l’île du Nord. La péninsule de Coromandel se situe à la pointe nord-ouest de cette baie.

En ce qui concerne ces montagnes, elles dessinent des reliefs abruptes couverts d’une dense végétation qui rappel des îles volcaniques telles Hawaï ou Tahiti. La végétation n’étant pas DSC_7842_DxOtropicale, je suis un peu dépaysé. Sur les hauteurs des bords de baie, des villas percent de la forêt. En ce matin très tôt, je croise quelques joggers ou promeneurs de canidés. Un bras de terre ferme la baie au nord, bras terminé à son extrémité par une colline conique également mitée par des villas. Je part donc dans cette direction, espérant prendre de la hauteur et avoir une vue glorieuse sur l’ensemble. Je suis comme ça. J’aime que mes matins soient glorieux.

DSC_7845_DxOFinalement, conquis par la vue de la baie, je m’arrête prendre des photos au pied de la colline et emprunte plutôt un chemin sablonneux de l’autre côté de la route menant à la plage face au Pacifique. A peine plus au large se trouvent quelques îles. Le sable est clair, le temps parfait et je me dit qu’il y a vraiment des salopards de chanceux ou débrouillards qui ont eu la bonne idée d’habiter dans une maison face à l’océan dans un endroit plutôt agréable. A vrai dire, ils sont plusieurs à avoir eu la même idée ce qui n’augure pas bien du prix de l’immobilier par ici. J’imagine très bien quelques riches habitants d’Auckland venir ici pour leurs week-ends faire du surf ou de la voile. En cette période, c’est plutôt calme.

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Quelque temps plus tard, je roule sur la route côtière en direction du nord. Encore une fois, je n’ai pas vraiment de plan hormis de profiter du paysage sous ce temps exceptionnel et de rejoindre DSC_7854_DxOpour l’après midi la bourgade de Matamata, plus au sud en allant vers le centre de l’île. Assez rapidement, des panneaux touristiques indiquent des sources géothermiques. Une fois garé dans un petit parking désert, je reste une grosse demi-heure sur une magnifique plage adossée au relief végétalisé, longeant l’eau vers le point d’intérêt, des sources géothermiques sous marines, immergées à marée haute. Ça tombe mal, c’est justement le cas. A cinquante mètre du ressac, des zodiacs emportant des touristes oranges tournent autour DSC_7859_DxOd’un point où affleure au rythme des vagues quelques rochers aiguisés. Ce doit être ça mais là d’où je suis, ce n’est pas très spectaculaire. En tout cas, la plage est sympathique, l’eau cristalline et la végétation toujours un brin dépaysante. Des rouleaux translucides et éclatants de lumière, éclairés par derrière par un soleil bas de fin d’hiver, viennent s’abattre en rythme sur la plage. Quelques gros blocs à l’allure basaltique sont posés dans le sable et témoignent du caractère volcanique de la région. On pourrait y passer sa journée ici.

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Un peu plus tard sur la route, je croise un nouveau panneau indiquant « Cathedral Cove », un des DSC_7874_DxOsites touristiques majeur de la région. Je traverse une petit ville, la route s’élève et rapidement, mène à un parking nettement plus occupé. Je sort vite de la voiture avec mon sac à dos et mon appareil photo. Au sud, on aperçoit la bourgade de Hahei et sa plage. Au nord-est, face au soleil (je sais, c’est toujours aussi étrange lorsqu’on n’a pas l’habitude), la vue est aussi jolie, avec deux îles au milieu d’un grand arc de côtes accidentées, l’une en longueur DSC_7878_DxOcouverte d’une tignasse de végétation et l’autre toute petite, dans le prolongement, avec sa propre touffe de verdure. Non, il n’y a rien à ajouter hormis que je commence à croire les deux néo-zélandais Jack et Jane croisés à Kakadu lorsqu’ils m’affirmèrent que leur pays était magnifique et varié.

DSC_7889_DxOUn chemin de marche mène à plusieurs petites anses dont Cathedral Cove. En chemin, on peut faire un petit détour pour apercevoir un bosquet d’arbres endémiques, maintenant rares dans cette nature profondément modifiée depuis l’arrivée de colons maoris et européens. La marche est franchement agréable avec un panorama permanent sur le Pacifique et ces petites îles. La roche est calcaire et les falaises blanches tranchent admirablement avec le glacis vert et bouclé de la végétation. Pour ne rien gâcher, l’eau est d’un calme plat et de cette couleur turquoise de carte postale lorsqu’elle borde la terre.

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Après une petite demi-heure de marche tranquille, des escaliers aboutissent à une plage au creux de petites falaises blanches au-dessus duquel s’accrochent des arbres. Un tout petit îlot rongé par la mer se situe à quelque mètres dans l’eau. Une dizaine de personnes profitent sereinement de l’endroit, assis dans le sable ou marchant tranquillement vers le clou du spectacle, un haut passage triangulaire dans la falaise menant vers une autre plage. A cette heure-ci le passage est légèrement bloqué par le ressac de l’océan. Il fait beau, il fait doux mais je doute que l’eau le soit. Voici Cathedral Cove, l’un des endroits emblématiques de l’île du Nord. Je ne vais pas faire mon difficile, c’est charmant.

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Après quelques moments sur place à profiter du calme, je remonte le chemin sous le soleil. Tranquillement, je rejoins ma voiture de location et, avec des derniers regards réguliers vers les paysages maritimes, prend la direction du sud.